L’école nationale de l’humour

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Florent Tafani

Florent Tafani

Zoé Nadeau-Vachon

Zoé Nadeau-Vachon

Rire face à l’absurdité du monde ? La lettre ouverte de Louise

L'humour crisse

Lettre ouverte de Louise dans La Presse

Avec la lourdeur de l’actualité qui est d’une grossièreté assourdissante, j’ai l’irrésistible élan de parler d’humour.

Au-delà de la torpeur d’un hiver « glacieusement » généreux, comment couvrir le bruit ambiant du chaos qui nous assaille au quotidien ?

Comment peut-on rire quand tout va mal ? Sommes-nous en train de banaliser la détresse environnante à l’échelle de la planète ? Peut-on être lucides, informés, plombés par les perturbations et les renversantes folies mégalomanes en surenchère et… rire ?

OUI !

Après l’amour crisse de Louise Latraverse, un autre cri du cœur : l’humour crisse !

Rions, rions autant que nous pleurons, rions autant que nous fulminons !

Rions, sourions pour nous resserrer ! On peut rire pour s’interpeller. Pour partager. Pour mieux se connaître. Pour mieux vivre ensemble. Pour se sentir vivant. Le plaisir solidarise.

L’humour n’est pas une fuite, mais un refuge, un abri temporaire contre l’absurdité du monde. L’humour ne nie pas la souffrance, la gravité, le sérieux des problèmes. Au contraire. Il procure la distanciation nécessaire, il recadre, limite le pouvoir qu’on donne aux autres et permet de se réapproprier un certain ascendant sur nos pensées et nos vies.

L’écrivain Romain Gary parlait de l’humour ainsi : « Cette façon habile et entièrement satisfaisante de désamorcer le réel au moment même où il va nous tomber dessus. L’humain a été pour moi, tout le long du chemin, un fraternel compagnonnage ; je lui dois mes seuls instants véritables de triomphe sur l’adversité. »

[Photo d’un atelier d’humour avec le Centre communautaire Radisson]

À l’image des peuples autochtones, considérons plus que jamais le rire dans sa dimension de guérison et de résilience. L’humour, dans les situations les plus tragiques, persiste et signe. Il devient résistance, survivance même.

« Autrefois, les Innus de Pessamit étaient appelés les Papinachois, mot francisé dérivant de l’innu ka paapishit qui signifie “ceux qui aiment rire” », raconte Kim Picard, une Innue de Pessamit, créatrice de costumes et gardienne du territoire.

« Cette appellation reflète bien une part essentielle de notre culture, poursuit-elle. Nous avons cette capacité unique de nous moquer de nous-mêmes, de ne pas nous prendre trop au sérieux. Le rire est un acte de résilience, une façon de guérir, de nous connecter les uns aux autres, peu importe d’où nous venons. En fin de compte, c’est ce qui nous unit : l’humour, ce pont invisible, mais puissant qui nous rapproche et nous permet de traverser ensemble les épreuves de la vie. »

La légèreté momentanée que génère l’humour constitue une perfusion tonique et salvatrice. Une borne de recharge. Une remise à zéro – un reset. En anglais, légèreté se dit « lightness ». Ces instants d’union du rire et du sourire ensemble sont des injections de lumière dans les fissures de l’ombre.

Rire pour survivre, rire pour rester humain aussi.

Cultivons une légèreté qui nous extirpe de la gravité existentielle, qui nous redonne de l’espoir.

Dans un sondage sur l’humour et la santé mentale effectué par la firme Léger auprès de 1022 personnes à la fin du mois d’octobre dernier, 94 % des répondants ont dit trouver l’humour essentiel pour maintenir un bon équilibre de vie. Aussi, 90 % d’entre eux considèrent que rire plus souvent leur ferait du bien, 89 % pensent qu’on sous-estime les bienfaits de l’humour sur la santé mentale et 84 % estiment que l’humour permet de faire face à ce qui se passe dans la société actuellement.

Dans le tumulte actuel, la solidarité qu’apporte le rire n’est pas qu’un baume ; elle est aussi un bouclier particulièrement important.

L’humour devient même un acte de rébellion, une insoumission de l’esprit, voire un rempart de la liberté là où l’autoritarisme tente de s’imposer. On le voit aux États-Unis, quand le pouvoir s’attaque aux bouffons du roi, comme lors des tentatives de Donald Trump de faire taire la satire de Jimmy Kimmel. On l’a aussi vu lors des manifestations contre les agents de l’ICE. Des vidéos devenues virales montrent des manifestants déguisés en grenouilles tenant tête aux agents de l’immigration en démontrant l’absurdité de leurs dérives autoritaires.

L’humour devient alors une arme de résistance qui, en ridiculisant l’oppresseur, participe à lui retirer son pouvoir de nous terrifier.

Notre série "Quand l'humour révèle"

Épisode 1 : Katerine Caron de l'Association des Traumatisés Crâniens
Épisode 2 : Émile et Jeanne
d'Autisme sans limites

Alors… Rions du risible !

Rions du roi !

Couvrons le tintamarre désespérant avec des folies folichonnes.

Chantons allègrement Aujourd’hui, ma vie c’est d’la marde

Enrayons le sablier du temps qui passe en nous offrant les moments d’éternité des fous rires.

Colorons la morosité avec des rires francs et des sourires discrets.

Sourions aux inconnus dans la rue et dans les ascenseurs.

Réhabilitons notre tannant.

Payons-nous la traite de connexions humaines et de shooters d’endorphines.

Relevons la tête de nos foutus appareils et reprenons conscience des humains qui nous entourent.

Malgré la tentation légitime, érodons le cynisme.

Bourrons-nous la face de complicité.

Cultivons cet art du pas de côté.

Comme l’a si bien dit Ionesco :

« Où il n’y a pas d’humour, il n’y a pas d’humanité. »

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